mercredi 17 octobre 2012

Montaigne : L'essayer c'est l'adopter...

Qu'on se le dise ! Il n'y a dans les " Essais " ni ordre, ni plan, ni but. Montaigne (1533-1592) cite, rabâche et même parfois se contredit. Il faut dire que sa quête littéraire est passée par plusieurs mentors, de César à Plutarque puis de Plutarque à Tacite puis Sénèque puis de nouveau Plutarque… Une sorte de dilettante butinant à l'envi les textes anciens. Tout le monde l'imagine enfermé dans son donjon Bordelais (en fait, une aile d'un château en Périgord mais son cœur était Gascon) méditant sur la vie en pleine période de troubles religieux.


Une autre image de lui en fait un notable retiré des affaires. Un peu court quand on sait qu'il a eu des responsabilités municipales, qu'il a voyagé en Europe centrale et qu'il a même fait un passage par la Bastille. Dure époque, néanmoins, pour un philosophe catholique qui verra le conflit avec les protestants atteindre un point de non retour avec la Saint Barthélémy…


Apôtre du consensus mou et incapable de prendre une décision énergique, il fait frapper à son effigie une médaille ; une balance avec les deux plateaux en parfait équilibre ; qui figure l'impuissance de son jugement à choisir une solution. On peut y lire la trop fameuse devise " Que sais-je ? "…


A l'entrée de sa bibliothèque
était gravée (je vais à l'essentiel d'autant plus que je ne suis pas latiniste) " Michel, depuis longtemps ennuyé par l'esclavage de la cour, vint se reposer dans le calme et la sérénité…". Le modeste bibliophile que je suis peut néanmoins faire un reproche à notre grand penseur : Montaigne avait la détestable manie de truffer ses lectures de nombreuses annotations en marge… Personnellement, je désapprouve totalement cette habitude et il faut imaginer que des incunables griffonnés de sa main devaient alors perdre toute valeur !


La première édition des Essais (en deux livres, à compte d'auteur) fut imprimée à Bordeaux et date de 1580. Il en offre un exemplaire dédicacé à Henri III. L'ouvrage est réédité à Paris en 1587. En 1588, à Paris, une nouvelle édition des Essais, considérablement augmentée (trois livres) est proposée aux lecteurs. Montaigne continue cependant à enrichir ses trois livres d'additions en vue d'une nouvelle édition (qui sera assurée par Marie de Gournay, fille du trésorier du roi, Guillaume Le Jars, en 1595).


Le texte de l'édition proposée à la vente, aujourd'hui, reprend celui de l'édition de Bruxelles de 1659. Philippe Desan a écrit à propos de l'édition de Bruxelles : " Que ce soit les index, les traductions, l'identification des sources en manchettes, la vie de l'auteur sous forme d'index ou de narration, les divers avis et préfaces de Marie de Gournay ou des imprimeurs, voire le portrait ajouté dans plusieurs éditions in-8 dès 1608, la plupart des innovations éditoriales ne proviennent pas d'imprimeurs-libraires parisiens mais bel et bien des diverses éditions pirates qui se passent de privilège ". C'est ainsi le cas avec cette édition qui n'a rien d'hollandaise contrairement à la mention de page de titre mais qui fut imprimée à Lyon ! Le texte (selon les spécialistes) se démarque de l'édition de 1635 - la dernière des 11 éditions publiées par Mademoiselle de Gournay - qui se voulait une édition rajeunie et mise au goût de l'époque.


Sa curiosité et sa sagesse, Montaigne les emporte au-delà du temps... Ses essais sont encore une référence pour l'éducation de la jeunesse et nous apportent un soutien efficace quand l'expérience nous fait défaut. Pierre

MONTAIGNE (Michel de). Les Essais de Michel, seigneur de Montaigne. Nouvelle édition, exactement purgée des défauts des précédentes, selon le vray original, et enrichie et augmentée aux marges du nom des Autheurs qui y sont citez, de la version de leurs passages; avec des observations très-importantes nécessaires pour le soulagement du lecteur. Ensemble la vie de l'Autheur, deux Tables, l'une des Chapitres, l'autre des principales matières, de beaucoup plus amples plus utiles que celles des dernières éditions. 3 volumes petit in-8°. A Amsterdam [Lyon], Aux dépens de la Compagnie, 1781. Reliure pleine basane mouchetée, dos à nerfs ornés de filets, fers d'angle et fleurons dorés, roulette sur les coupes, toutes tranches rouges, papier de garde coloré. Coiffes supérieures arasées, menus défauts de reliure, intérieur en bel état. TomeI : [2ff dont frontispice]-lxxx [Avertissement, Epître de Mlle de Gournay, Préface, Vie de l'auteur], [2 ff n.ch Table]- 543 pp. Tome II : [3ff]- 820 pp-[1f]. Tome III : [3ff]- 663 pp. Très bel ensemble. 520 € + port

4 commentaires:

Anonyme a dit…

Pierre,
En faisant une recherche sur les livres "Minuscules" Google me conduit à l'article que tu leur as consacré il y a quelques mois.

Petites causes, grands effets!

Je vais déambuler chez toi... Il y avait longtemps.

Michel P.
Lirac

Le Bibliophile Rhemus a dit…

Pierre est une référence incontournable, par la diversité, la qualité et la rigueur des ses commentaires, à propos d'ouvrages choisis.
Dommage que Tarascon soit si loin de Reims, mais je ne désespère pas d'y aller déambuler un jour !

Pierre a dit…

Je ne vous remercie pas Michel et Jean-Paul !

Aujourd'hui, je vais faire preuve d'une humilité feinte et ce n'est pas bien ;-)) Pierre

Textor a dit…

Qué Humilité !? Alors que Montaigne cite Pierre dans ses Essais : « Quand bien nous pourrions être savants du savoir d’autrui, au moins sages ne pouvons-nous être que de notre propre sagesse.»

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