samedi 4 septembre 2010

Un choix judicieux d'auteurs et d'illustrateurs ? Les Editions Mornay… A collectionner, bien sûr !



J'allais faire un article plus ou moins original (dans la suite de ceux que j'ai présenté dernièrement avec les éditions Piazza ou Monte-Carlo) sur une petite société d édition du début du 20eme siècle, les Éditions Mornay, quand j'ai constaté avec satisfaction que le sujet avait été traité avec bonheur par Raymond Hesse, dans Le Portique, n° 4. pages 72-82 en 1946… Raymond Hesse (1884-1967) était magistrat la journée, écrivain et bibliophile la nuit. Il publia de nombreux ouvrages de luxe, illustrés par de grands noms de l’époque : Vertès, Hémard, Dubout,... Son plus grand succès "Riquet à la houppe et ses compagnons" fut, lui, illustré par Gus Bofa. Il publia aussi quelques ouvrages de référence sur les sociétés de bibliophiles et des articles dans des Revues de philosophie et de sciences humaines comme "Le Portique".



Qu'auriez vous fait à ma place ? Pas de taille à rivaliser car le billet est excellent ! Je l'ai simplement un peu modernisé. Il manquait, à cette époque, des photographies pour illustrer son article. J'imagine que Robert Hesse aurait préféré mais l'époque ne le permettaient pas aussi facilement qu'aujourd'hui !



Restait un problème majeur : Je n'avais pas assez d'ouvrages de Mornay pour étayer le propos ! Il m'a suffit d'un courrier à un lecteur fidèle du blog pour résoudre ce petit problème technique. Il ne sait pas encore que le blog étant avant tout commercial, je suis dans l'obligation de vendre les livres qu'il m'a prêté mais c'est un détail ! Non, je blague… Donc rien à vendre mais on peut regarder avec les yeux…



" Ce fut vers la fin de l'année 1919, sitôt après l'autre guerre, que les éditeurs A. et G. Mornay firent entrer le livre dit de « demi-luxe », suivant une formule mauvaise, mais couramment employée, dans une voie nouvelle. Jusqu'alors, l'illustration était chose exceptionnelle dans ce genre d'éditions. Georges Crès, Ferreyrol etc, nous avaient dotés de texte soigneusement revus, imprimés sur beaux vélins, qui se voyaient recherchés pour le soin mis à leur édition et l'excellent choix des auteurs. La petite révolution que fit Mornay consista à faire de l'illustration la norme, alors qu'elle n'était encore que l'exception. La Vie des Martyrs de Georges Duhamel ornée de bois en noir de Lébedeff, numéro 1 de la collection « Les Beaux Livres », fut offerte au public au prix de 25 francs. Le succès s'avéra complet et, malgré l'ascension des prix, un public fidèle d'abonnés pour la plupart, fit confiance aux nouveaux éditeurs qui prirent bientôt une place importante.



Le système de Mornay consistait à éditer chaque année cinq volumes et la souscription se faisait pour cinq volumes à la fois. Le choix judicieux des auteurs et des illustrateurs, l'intelligence apportée à la mise en pages, la commodité du format ont fait que la collection des ouvrages de Mornay est aujourd'hui une des plus recherchées.



Il est intéressant en examinant d'après leur ordre de publication les 72 volumes de la collection « Les Beaux Livres » d'étudier l'évolution des éditeurs. Ces ouvrages ont été publiés durant quinze années, de 1919 à 1934. Dans les premiers c'est le bois en noir qui est le plus fréquemment et presque exclusivement adopté. Le bois, en effet se tire avec le texte. Puis, peu à peu, cédant au goût du public pour la couleur, désirant aussi utiliser d'autres illustrateurs, nous voyons apparaître le bois en couleurs ou en camaïeu ; enfin dans les derniers ouvrages de la collection, les livres ornés d'aquarelles vont nettement dominer.



Le tirage se faisait en général à 1000 exemplaires, plus les exemplaires de présent et ceux consacrés à la presse car – et c'était encore une originalité de la maison – il était prévu un service de presse réduit pour les journalistes amis, qui contribua à la diffusion et à la connaissance de l'œuvre, mais, en effectuant ce service, un autre sentiment dominait : Mornay avait une nature généreuse, il aimait à faire plaisir et offrait ses ouvrages avec joie.



Dans les six premiers exercices les éditeurs se préoccupèrent de donner annuellement aux amateurs un ouvrage d'Anatole France ; le premier, singulièrement recherché aujourd'hui, fut La Rôtisserie de la Reine Pédauque illustré par Louis Jou, puis Siméon, Falké et Sylvain Sauvage ornèrent respectivement de bois La Révolte des Anges, Le Crime de Sylvestre Bonnard, Crainquebille, Les Opinions de Jérôme Coignard et Les Sept Femmes de Barbe Bleue. Il convient aussi d'inscrire à l'actif de Mornay la série des Vallès : L'Enfant, Le Bachelier, L'Insurgé, Les Réfractaires. Parmi les ouvrages remarquables des « Beaux Livres » il convient de faire une place particulière à la série des Henri de Régnier avec les aquarelles de Georges Barbier, aux deux livres de Boylesve : La Leçon d'Amour dans un parc et les Nouvelles Leçons d'Amour illustrés par ce délicat Carlègle disparu prématurément avant la catastrophe de 1939.



Signalons également les deux ouvrages de Colette, La Vagabonde et L'Entrave illustrés par Dignimont, les deux Livres de la Jungle ornés de bois du grand animalier Deluermoz que grava Soulas, Le Gardien du feu et La Brière que Méheut accompagna de bois en camaïeu, La Guerre des boutons de Louis Pergaud avec les aquarelles d'Hémard, et parmi les illustrateurs, à côté de ceux déjà cités, Guy Arnoux, Dethomas, Daragnès, Hermann Paul, Pierre Noël qui permettent de mettre sur les rayons d'une bibliothèque un choix judicieux de bons textes intelligemment illustrés qui font d'incontestables œuvres d'art.



À côté de la série des « Beaux Livres » il faut ajouter deux autres séries de publications. D'abord les 28 volumes qui composent la « Collection originale ». Ainsi que l'indique le nom adopté, le but des éditeurs était de publier pour la première fois dans une édition de luxe illustrée, des œuvres d'auteurs contemporains. Là encore, le succès fut complet. Enfin, il y eut des ouvrages hors série tels que Batouala de René Maran avec des illustrations de Jacovleff, les deux volumes illustrés par Clarence Gagnon, le grand peintre canadien : Le Grand Silence Blanc de Louis-Frédéric Rouquette et Maria Chapdelaine de Louis Hémon, dont la cote à l'Hôtel des Ventes atteignait déjà en 1942, 8 à 9000 frs !



C'est ainsi que plus de 100 volumes portent la firme « Mornay ». Dans la petite boutique du 37 Boulevard du Montparnasse, qui abrita si longtemps son labeur, se retrouvaient fréquemment des artistes, des illustrateurs, des hommes de lettres qui toujours furent accueillis en amis et auxquels il prenait plaisir de montrer ses travaux en cours." Robert Hesse



Nous sommes en 1946. Robert Hesse écrit cet article alors que les éditions Mornay renaissent de leurs cendres. Deux jeunes éditeurs en reprennent les traditions et nous voyons une nouvelle série de « Beaux Livres », inaugurée par Pontcarral et illustré par Guy Arnoux, apparaitre. Et puis plus rien… Pierre

12 commentaires:

calamar a dit…

il n'y a pas les prix de vente ! comment on fait pour acheter ?

Pierre a dit…

Je suis parti à la chasse d'ouvrages des éditions Mornay depuis le début de la semaine. Je demande à tous les enchérisseurs "Ebay, salles de vente, sites en ligne et brocantes de France" de faire une pause, le temps, de me fournir en ouvrages à prix raisonnable... Merci. Pierre

calamar a dit…

jusqu'à quand, la pause ? parce qu'il y a une vente à Nantes bientôt, avec quelques lots intéressants... et des frais réduits (vente judiciaire). J'aimerais avoir l'autorisation d'y participer, si c'est possible, bien sûr.

Pierre a dit…

Nantes ? Avec des frais réduits ? Tiens donc ?

J'avais pensé à vous en revendre ;-)) Pierre

calamar a dit…

Attention, l'entente entre acheteurs est interdite !

Pierre a dit…

Disons que nous ne nous entendons pas ;-)) Et puis Nantes est si loin, pour moi...

Bertrand a dit…

Mais qu'est-ce que c'est que ces magouilles !!?? Vous arrêtez ou j'en parle à l'hyper-président !!

Bon sinon, vous savez maintenant, ... pour tout le reste... il y a mémé zinzin. Pensez-y !

B.

calamar a dit…

bon, bon ok, on arrête... je vais les acheter moi-même, ces magnifiques lots. Et j'enverrai la facture à Neuilly.

Pierre a dit…

Revenons à Mornay. Après le Pontcarral de 1946, Avez-vous connaissance d'autres éditions ? Pierre

calamar a dit…

en 1947, au moins 2 livres : les contes du Lundi, illustrés par L. Boucher, et les Diaboliques, illustré par E. Dufour.
Les chansons de Bilitis qui figurent en photo dans l'article, est de 1948, comme on le voit à la page de titre...

calamar a dit…

mais je ne trouve que ce dernier livre en 1948, aucun en 1949 ni 1950. Serait-ce le dernier ?

calamar a dit…

l'article sur Gavarni a disparu pendant que j'écrivais un commentaire super hyper intéressant !