lundi 7 septembre 2009

Causerie du lundi de Philippe Gandillet. Le fusil par M. Greener. 1884.



Quand Maurice (Druon ; à l'Académie, on se tutoie facilement) entrait quelque part, on avait toujours l'impression que son cheval et ses chiens allaient apparaître à sa suite. Pantalon de cheval, veste de velours et feutre épais lui donnaient, en effet, cette allure hautaine d'industriel parvenu, propriétaire d'un château boisé en province. Lors d'un déjeuner, je lui avais offert un rare livre de Monsieur Greener sur le "fusil de chasse et ses perfectionnements au 19eme siècle". Ce modeste cadeau avait scellé une amitié sans faille et c'est à deux mains que nous avions écrit ses derniers romans publiés sous son nom.


Le hasard fait que c'est ce même ouvrage que Pierre me demande, aujourd'hui, de commenter. Cet exemplaire n'est pas, heureusement, celui que j'avais dédicacé à Maurice Druon, ce qui le classe par conséquence dans les livres financièrement abordables… Je n'ai pas été long à deviner pourquoi notre brave libraire m'avait, en ce début de mois de septembre, soumis cet ouvrage. La chasse va commencer bientôt (elle a débuté dès le mois d'août en Camargue) et une femme attentionnée ou un ami fidèle voudront immanquablement offrir un tel cadeau à un passionné d'armes et de chasse. Il est malin ce Pierre !


J'entends déjà les protestations des nombreux lecteurs qui suivent mes chroniques avec attention. Comment ? Vous, une personne intelligente et posée. Comment pouvez-vous, par la promotion d'un tel ouvrage, cautionner une activité à l'éthique et à la morale discutables ? J'entends bien, mes chers amis. La chasse a perdu une partie de sa légitimité depuis qu'elle est devenue un sport et les faisans de repeuplement ressemblent à s'y méprendre à des cocotes de tir, c'est vrai. On ne peut malgré tout ignorer le plaisir éprouvé par les porteurs de fusil et par leurs compagnons, les chiens, à cette activité. Ce serait faire preuve de niaiserie que de ne pas reconnaître que l'homme, comme tout prédateur, prend plaisir à tuer. De là, l'image déplorable de la chasse…


Par contre, il est indéniable, et je mets au défi tout déniateur (sic) de le prouver, que la chasse est indispensable à la bonne gestion d'un territoire. Sans prélèvement de gibier, certaines espèces pulluleraient et mettraient en danger le fragile équilibre cynégétique. Et ce n'est pas votre serviteur qui vous le dit mais Frédéric (Nihous ; au sein du CPNT, on se tutoie facilement) avec qui j'ai mangé dernièrement en compagnie de Nicolas (Sarkozy ; au gouvernement, on se tutoie facilement) pour des raisons, euh… pour des raisons.


Vous le voyez ! Les raisons d'offrir un pareil ouvrage ne manquent pas et je dois reconnaître, vous le constaterez sur les photos jointes, que les illustrations sont remarquables.

GREENER (W.W). Le fusil et ses perfectionnements. Traduit en français par G.Bonjour et édité par Firmin Didot. 1884, grand in-8, 500 illustrations, frontispice, 8-521-VI-20. Rousseurs éparses mais bon exemplaire solide et bien complet. Couverture consevée. Reliure postérieure, demi percaline avec plats façon crocodile. Vendu

Pensée profonde de la semaine : "La chasse s'arrêtera quand s'arrêteront les guerres".

4 commentaires:

Bertrand a dit…

"demi percaline façon crocodile"...

Ca c'est un travail pour Crocodile Dundee !!

B.

Jeanmichel a dit…

Mais il n'y a pas que les chasseurs que ce livre pourrait intéresser. Tous ceux qui se passionnent pour l'ingéniosité artisanale ou qui s'intéressent au vocabulaire s'y attendrissent également.
Rien que les photos présentées apprennent ce qu'est une dram ou rappellent qu'un pouce mesure deux centimètres et demi, notion très utile à connaître quand on souhaite changer l'écran de son moniteur.

"Château boisé" ou ratiboisé ?...

Anonyme a dit…

Crocodile ou tarasque ...?

Il existe aussi des exemplaires reliés en pleine toile de casquette, parait-il.


Montag

Pierre a dit…

Montag,
Je pense que relier une belle édition de Tartarin de Tarascon en toile de casquette est une idée géniale ! L'a t-on fait ? Je n'en suis pas certain.

Jean-Michel,
Je constate que vous passez les photographies au peigne fin. J'imagine que l'usage de cet outil vous est coutumier ?
Je préfère, bien sûr, les forets boisées aux ratiboisées. Belle association de mots contraires. Merci

Bertrand,
Je corrige "plats façon crocodile" par "façon Tarasque".

Je transmets tout çà à Philippe Gandillet qui enfle à chacun de vos commentaires...